L'Unité de Recherche

L'ESAC de Cambrai, l'ESA-Nord Dunkerque-Tourcoing et l'ESAD de Valenciennes formalisent les complémentarités de leurs programmes de recherche respectifs dans les champs de l'art, du design, et de la communication au sein d'une Unité de Recherche (UR) dénommée "HYPER.LOCAL". Elle a pour vocation d'interroger, de comprendre et d'expérimenter les pratiques qui impliquent des rapports d'échelle critiques et des créations situées : entre "local" et "global", "micro" et "macro", "moléculaire" et "molaire", "topique" et "cosmique". Cette orientation générale privilégie plus particulièrement le point de vue "hyper local", non pas pour se replier sur le connu et l'authentique au nom d'une identité fermée, mais pour se replacer là où les enjeux esthétiques, économiques, sociaux et politiques mondiaux se rencontrent pour prendre un sens vécu, partagé et discuté, c'est-à-dire au niveau de la singularité plurielle des lieux.

Deux axes seront particulièrement développés dans le cadre de cette UR :


Le premier axe intitulé "Images, codes, récits", propose de développer une recherche sur les nouvelles formes d'écriture issues des sciences et technologies contemporaines. Cet axe interroge plus précisément les transformations de la perception, de l'imaginationn et de la narration qui s'opèrent selon les nouvelles relations entre le corps, la machine et l'espace, produites par les technologies numériques. Ainsi, les images (virtuelle, immersive, augmentée, mapping), les codes (tabulation, indexation, hypertextualité), les récits (narration non linéaire, écriture générative, transmedia), sont expérimentés et analysés à toutes les échelles (de la représentation mentale au territoire), en accordant cependant une attention toute particulière aux singularités locales et concrètes que l'art, la communication et le design produisent à travers leurs dispositifs.

Le deuxième axe intitulé "Art, design et société", propose de développer une recherche sur les nouvelles formes d'interrogation de l'espace public par la création. Cet axe investit plus précisément les modes alternatifs de conception, de production et d'échange que l'art et le design créent pour répondre aux problématiques sociétales contemporaines (écologiques, économiques, sociales). La relation entre le local et le global est ainsi considérée comme un champ expérimental à réinterroger selon des formes critiques qui vont de l'action discrète et éphémère à la microarchitecture, du dispositif mobile à l'aménagement des lieux délaissés, de la performance au documentaire, de l'exposition mobile au service collectif, etc. Les pratiques sociales moléculaires, les artisanats locaux, les savoirs vernaculaires, constituent à cet égard des lignes de recherche propices au dialogue entre l'art et le design, selon leurs spécificités respectives (méthodes, moyens, finalités) mais aussi selon leurs échanges et recouvrements actuels.a

Ces deux axes traversent la recherche opérée dans les options art, design et communication. L'approche commune de la question de l'"hyper local" au sein de l'UR approfondit et valorise la complémentarité des programmes. L'UR s'appuie sur le groupe de travail "recherche" et le Conseil scientifique communs aux trois établissements constitué de : Ludovic Duhem (ESAD Valenciennes), Alexandre Laumonier (ESAC Cambrai), et Nathalie Poisson-Cogez (ESA-N Dunkerque-Tourcoing).

Le positionnement de l'ESAD

La recherche à l'École Supérieure d'Art et de Design de Valenciennes se développe à partir du lien organique entre recherche et création, donnant ainsi une place centrale à l'expérimentation, qu'elle soit plastique, méthodologique, heuristique ou conceptuelle. La problématique transversale de l'espace permet d'établir un dialogue entre art et design, ce qui singularise le positionnement de Valenciennes. Il s'agit autant d'un dialogue critique et constructif sur les pratiques, les méthodes, les esthétiques, qu'une réflexion sur les conditions de ce dialogue, et finalement sur les effets que ce dialogue produit, au dedans sur l'art et le design, et au dehors sur le "monde" de la création et sur la société en général. La relation forte au territoire (contexte industriel, zone transfrontalière), l'importance décisive accordée à la question sociale, tout comme les potentiels des nouvelles technologies structurent la recherche de l'ESAD dans une dynamique d'engagement. Ces aspects sont traités en relation étroite avec les enjeux actuels de la recherche dans les sciences théorétiques, les sciences appliquées et les sciences humaines. La collaboration constante avec les universités, les instituts de recherche, les laboratoires intégrés, les chercheurs indépendants, induit l'insertion de la création dans des champs nouveaux tout comme la remise en question du lieu "propre" de la création. En adéquation à la structure de l'UR "HYPER.LOCAL", des axes spécifiques sont formulés et développés pédagogiquement, en art et en design (à travers les programmes des Ateliers de Recherche et Création, des projets, des colloques, des séminaires, des expositions, des publications, etc.).

AXE 1

ART /
Dispositifs technoesthétiques
ARC "Projet 360 – Nouvelles technologies de l'image"

L'étude des dispositifs de perception, des méthodologies de création et des pratiques artistiques qui transforment la relation entre le corps et l'espace par l'intégration de la technologie comme milieu associé. La rencontre entre l'art et la technoscience est conçue dans cet axe comme un apport réciproque qui nourrit l'art de nouvelles connaissances et de nouveaux modes de représentation, et enrichit la technoscience de sensibilité, d'imaginaire voire d'utopie. Initiée en 2012, cette réflexion se poursuit à travers plusieurs projets qui interrogent les formes d'analyse et de représentation de l'espace et de fiction du temps par l'intermédiaire de dispositifs innovants et expérimentaux (camera 360°, dispositifs immersifs, réalité augmentée, etc.). Les aspects relatifs aux nouvelles formes de narration et de transmédialité sont particulièrement développés.
 
DESIGN /
Design Numérique et Objet Non-Standard
ARC "Objet Non-Standard"

L'acte de création modifié par les technologies est au coeur de cette recherche qui engage une réflexion sur la réorganisation du mode de production industrielle induite par le développement de la chaîne numérique. Cette nouvelle orientation de la production implique également un travail collectif de recherche afin de redéfinir les finalités esthétiques et politiques de la discipline et de concevoir des scénarios d'usages spécifiques aux paradigmes numériques.

AXE 2

DESIGN /
Design Social et Territoires Soutenables
ARC "Habiter 2030"

Les pratiques de design dans le domaine de l'innovation écologique et sociale sont inventoriées, analysées et expérimentées. L'idée d'un "design écosocial" correspond en ce sens à la relation singulière et concrète aux différentes composantes de la problématique qu'exige une pratique "soutenable" aux différentes échelles d'un territoire. Il s'agit plus précisément d'interroger les méthodes de conception, de production et d'échange qui répondent aux enjeux sociétaux contemporains en liant l'écologique et le social, c'est-à-dire en mettant en évidence leur interdépendance comme contexte du projet mais surtout comme finalité de la démarche adoptée. Les domaines d'action concernés traversent toutes les composantes écologiques et sociales d'une situation de vie humaine : le territoire, l'espace public, le logement, le mobilier, la santé, le travail, l'éducation, l'échange, les loisirs, etc. Ces domaines se croisent sur des problématiques relatives à la biodiversité, aux écomatériaux, à la vie d'un quartier, aux savoir-faire artisanaux locaux, aux savoirs vernaculaires, aux symboles micro-culturels, aux jeux et aux rites, etc. La question de la responsabilité "écosociale", c'est-à-dire de la prise de conscience de l'effet social des choix écologiques et l'effet écologique des choix sociaux (socio-politiques et socio-économiques) est à cet égard un champ de recherche décisif.

ART /
Art en Situation
ARC "Création Située"

Le concept de l'art en situation rassemble les pratiques artistiques qui privilégient le processus autant que son résultat. En ce sens, elles ne se dédient pas singulièrement aux espaces traditionnels de l'art mais ont l'objectif de créer des situations pour l'art, en générant s'il le faut leur écosystème. Ces pratiques interrogent la place de l'art dans une société en mutation en posant le principe d'une oeuvre "adressée", c'est-à-dire avec l'intention de concerner le public de façon critique. Elles réfèrent aux conditions de temps et delieux de la création dans ses conditions sociales, politiques, matérielles et économiques. Si elles entrent en filiation avec les pratiques in situ des années 1960 et 1970, le 21ème siècle produit des conditions nouvelles ou étendues à l'aune de la mondialisation et des migrations.