Historique et développements

La recherche en Design à l’ESAD Valenciennes s’est construite depuis 2012 autour des enjeux actuels du design d’espace dans ses rapports à la société contemporaine et à toutes les échelles (de l’objet au territoire). C’est plus précisément la problématique sociale qui s’est imposée comme un champ de recherche particulièrement intéressant pour le design aujourd’hui, non seulement en rapport avec le contexte historique de la désindustrialisation du bassin minier, de la paupérisation des villes ouvrières mais aussi de la convivialité, de la solidarité et de la culture propres au Valenciennois, et plus largement à toutes les situations analogues que l’on peut trouver dans le monde.

Au fur et à mesure du développement de la recherche, cette situation initiale, héritée, est devenue un enjeu de recherche en soi, c’est-à-dire celui de comprendre en quoi le design est partie prenante d’une situation (Sartre, Debord, Harraway), comment il s’y inscrit, comment il peut la transformer, comment il peut la créer. Cette approche située du design, d’abord focalisée sur le social (projet de recherche « Design social et nouvelles formes de convivialité », 2013-2015) a rapidement cherché à questionner une autre composante majeure de la situation actuelle, à savoir l’écologie, et tenter ainsi de relier le social et l’écologique (soutenabilité) par la recherche en design. Le programme Design situé, territoires soutenables (2016-2018) a exploré les exigences d’une pratique « soutenable » aux différentes échelles d’un territoire :  les méthodes de conception, de production et d’échange qui répondent aux enjeux sociétaux contemporains d’interdépendance entre l’écologique et le social, à la fois comme contexte du projet mais surtout comme finalité de la démarche adoptée. Le programme Construire la biorégion : Design situé, Savoirs partagés et Territoires soutenables spécifie le territoire autour de la notion de « biorégion urbaine », en vue de l’élaboration d’un véritable design écosocial (développé en 2018-2019 par une journée d’étude sur la métropolisation « Crash Métropolis » déc. 2018 et un ouvrage collectif « Design des territoires L’enseignement de la biorégion », à paraître début 2020.)

Les journées d'étude Design social : les nouvelles formes de convivialité (2014), Design social & économie solidaire (2015) et No transition : Design en situation de crise (2016) ont révélé la puissance interdisciplinaire de ce champ d'étude. Les programmes de recherche successifs, soutenus et financés par le Ministère de la Culture, ont porté ces développements : Design Social, les nouvelles formes de convivialité (2013-2015), Design situé, territoires soutenables (2015-2017), Construire la biorégion : design situé, savoirs partagés et territoires soutenables (2018-2020). En novembre 2017, l'université d'automne, « L'enseignement de la biorégion. Learning from the bioregion », a également constitué un élément fort de cette orientation.

 

 

Journée d'étude « CRASH METROPOLIS : design critique, biorégion urbaine et renouveau des territoires »

Cette journée d'étude a été organisée dans le cadre du programme de recherche « Construire la biorégion : design situé, savoirs partagés et territoires soutenables » (2018-2020) soutenu et financé par le Ministère de la Culture. Elle entendrait faire de la « biorégion urbaine » (Magnaghi), l'opérateur critique de la logique de métropolisation des territoires. L'évolution urbaine actuelle ne semble désormais plus orientée que vers cet unique horizon métropolitain où convergent l'extension urbaine, la coupure avec la campagne, la spectacularisation ludique, la précarité de l'habitat, la concentration politique, économique et culturelle. En tant que lieux de polarisation des pouvoirs, des activités et des individus, les territoires métropolitains constituent sans nul doute le dernier avatar de l'urbanisation capitaliste. Le marketing territorial tient une place de choix dans cette course à la fétichisation et à la marchandisation des territoires à coup de politiques d'attractivité, de labellisation en tous genres ou d'esthétisation festive des espaces urbains.

Cette logique interroge directement le rôle des créateurs, designers, artistes, architectes, à la fois en tant que destinataires, mais aussi et surtout en tant que contributeurs de ces régimes d'attractivité et de polarisation (cf. rôle des fameuses classes créatives et plus généralement de l'économie créative en vogue comme modèle de développement). Dans le contexte de la recherche menée à l'ESAD de Valenciennes, il s'est agit donc ici de savoir si le design social, et a fortiori le design écosocial, se réduit à un design d'action publique servant volontairement cette logique ou s'il peut être un design de lutte écologique et sociale porteur d'une critique radicale des formes de gouvernementalité des territoires. Pour nourrir ces réflexions, la journée d'étude a mis en dialogue des universitaires en sciences sociales, des acteurs institutionnels, des collectifs militants ainsi que des praticiens, des artistes, des architectes et des designers pleinement engagés dans ces enjeux.

Responsables scientifiques : Ludovic Duhem, Richard Pereira de Moura

Intervenants : Guillaume Faburel, Jens Denissen, Pascal Ferren, Cyrille Weiner, Gwenaëlle Bertrand, Stany Cambot, Marie Menant, Christophe Laurens

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